Écologie et zéro déchet

Industrie textile : les dessous (obscurs) de la mode

Aaah, l’industrie textile, tout un roman (pas du tout à l’eau de rose). En cette période de soldes [qui me sortent un peu beaucoup par les yeux], j’avais envie d’aborder le sujet des vêtements. Et plus particulièrement leur impact environnemental, social et sanitaire. Vous savez, l’envers du décor, la partie cachée de l’iceberg.

Vous êtes-vous déjà demandé de quelle manière votre petit haut préféré était fabriqué ? D’où il vient ? Quelle est son empreinte écologique ? Quelles sont ses répercussions sur l’environnement, la société ?

Zoom sur les dessous de la mode.

Source : Counselling, Pixabay

Un lourd bilan environnemental

L’industrie textile (vêtements mais aussi chaussures, accessoires de mode, articles en cuir, linge de maison, ameublement…) est une très grande consommatrice d’eau. Au niveau de la culture du coton conventionnel, extrêmement gourmande en eau, mais aussi du processus de fabrication ou encore de celui du recyclage.

Selon le site Consoglobe, les teintures textiles consomment 10 950 000 000 litres d’eau chaque jour. Votre jeans chouchou peut à lui tout seul nécessiter jusqu’à 10 000 litres d’eau pour sa production ! Non mais à l’eau allô, quoi ?! 😱 Et je ne vous parle pas des émissions de CO2… Si, je vous en parle : la fabrication d’un simple T-shirt peut émettre 5,2 kg de CO2, soit l’équivalent de 27 km en avion.

Cette industrie est également l’un des plus gros pollueurs de la planète, au coude-à-coude avec l’industrie pétrochimique, avec laquelle est est étroitement liée. Elle pollue les eaux, les terres, tout. Chaque étape du processus de fabrication de vêtements ou autres textiles comporte des produits chimiques polluants. En Chine, l‘industrie textile pollue 70 % des eaux (métaux lourds, etc.), ce qui empoisonne les animaux, les oiseaux, les poissons… et nous.

Pollution de l’eau en Chine – Source : Bert Van Dijk, Flickr

Des conséquences sur l’Humain tout aussi déplorables

Pas de pitié pour la santé !

L’industrie textile est néfaste pour la santé : 

  • La nôtre, en tant que consommateurs, en raison des produits chimiques présents dans nos vêtements et des matières utilisées pour leur fabrication, très souvent synthétiques, dérivées du pétrole ;
  • La santé des agriculteurs, qui cultivent de manière intensive le coton à coup de pesticides et autres intrants chimiques (croyez bien qu’il n’y a pas que le coton qui en reçoit, l’agriculteur a aussi sa part !) ; 
  • Celle des ouvriers, qui confectionnent les vêtements, sans protection sanitaire adéquate.

De l’esclavage 2.0

Ces mêmes ouvriers se tuent travaillent à un rythme épouvantable, pour des salaires de misère et dans des conditions déplorables, notamment en Asie du sud-est, d’où proviennent la plupart de nos vêtements. Il n’est pas rare que des enfants soient également exploités. Bref, de l’esclavage moderne.

Et oui, la plupart des marques de vêtements (chaussures, etc.) courantes, des grandes chaînes internationales – je n’en citerai aucune mais il suffit d’un petit tour sur le Net pour avoir des noms – ont leurs ateliers de confection dans des pays où la main-d’œuvre ne coûte quasiment rien (Chine, Bangladesh, Inde…), s’intoxique et se tue à la tâche.

L’histoire du Rana Plaza

On se rappelle encore la triste histoire du Rana Plaza qui avait été très médiatisée en 2013. Un immeuble hébergeant des ateliers de confection s’était effondré, entraînant la mort de près de 1 200 personnes. Cela avait permis de mettre en évidence les conditions de travail affligeantes des esclaves employés au Bangladesh, principal atelier de confection du monde. Pourtant, des consignes d’évacuation de l’immeuble, présentant des fissures alarmantes, auraient été données la veille de la catastrophe. Mais les responsables des ateliers avaient décidé de les ignorer. Pire, ils auraient menacé les employés qui refusaient de rentrer dans le bâtiment de retenir leur salaire, voire de les licencier.

Effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, 2013 – Source : rijans, Flickr


Les procédés de teinture, lavage, blanchiment et impression sont quelques-uns des plus sales de l’industrie textile, nécessitant de grands volumes d‘eau ainsi que des métaux lourds et autres produits chimiques.

Mariah Zhao, chargée de campagne produits toxiques pour Greenpeace

Voici un petit reportage assez parlant :

Une production toujours croissante

Plus de 100 milliards de textiles sont fabriqués chaque année dans le monde. On estime une augmentation de 60 % d’ici 2030. Si l’on ne prend en compte que la France, environ 700 000 tonnes de textiles d’habillement, linge de maison et chaussures sont introduites sur le marché chaque année. Toujours plus. Plus vite. À moindre coût. Capitalisme, quand tu nous tiens…

Les boutiques de vêtements à bas prix et de qualité médiocre, offrant de la fast fashion – renouvellement incessant des collections de vêtements qui ne sont pas censés être conservés d’une saison sur l’autre par l’acheteur, l’incitant à renouveler sans cesse sa garde-robe –, sont pléthores. De la mode jetable.

À cela s’ajoute la surenchère des soldes. Elles sont là pour donner envie d’acheter toujours plus et permettent de vendre les anciennes collections afin de laisser place aux nouvelles. Mais des collections seraient également spécialement fabriquées pour les soldes. Sans compter les arnaques de prix, les fausses promos.

Source : Diego Torres Silvestre, Flickr

Un gaspillage colossal

Chaque année en France, on jette environ 600 000 tonnes de vêtements, soit l’équivalent d’une benne chaque seconde. Il faut savoir qu’il est courant pour les marques de jeter ou brûler/détruire leurs invendus. Un scandale. À la demande d’Emmaüs, un projet de loi interdisant cette pratique dans notre pays devrait être voté cette année. Cela fait écho à la loi contre le gaspillage alimentaire votée en 2016, obligeant les moyennes et grandes surfaces de plus de 400 m carrés à donner leurs invendus à des associations.
Le pourcentage récupéré par les filières de recyclage (revalorisation matière) est quant à lui encore beaucoup trop faible.

Changer ses habitudes

Alors que faire face à un tel constat ? Pouvons-nous agir en tant que consommateur ? La réponse est oui, évidemment ! Et ce de différentes manières.

1. Acheter moins

Avez-vous réellement besoin de 15 paires de chaussures ? Mesdames, portez-vous toutes les robes que vous possédez ? Et vous, messieurs, est-ce bien utile d’avoir 12 chemises quasi identiques qui traînent dans l’armoire ? Sachant que nous remettons la plupart du temps toujours les mêmes vêtements, ce qui correspond à environ 30 % de notre garde-robe, si mes souvenirs sont bons.

2. Conserver plus longtemps

Prenez l’habitude d’user vos vêtements jusqu’à la moelle ! Bon, ok, j’exagère un peu. Toujours est-il que tant que vos vêtements ne nécessitent pas d’être remplacés, conservez-les. Remplacez-les au fur et à mesure de vos besoins. Ne passez plus vos week-ends à aller faire les boutiques. Il n’y a rien de pire pour être tenté et rentrer à la maison avec de nouveaux vêtements superflus, qui ont de grandes chances de finir oubliés au milieu des multiples autres que contient déjà votre penderie.

3. Acheter mieux

En achetant moins souvent et en plus petite quantité, vous pourrez faire des économies. Cela vous permettra alors d’acheter mieux, c’est-à-dire de meilleure qualité, plus durable, en matières bio, naturelles, de fabrication française ou européenne, auprès de marques/petits créateurs engagés. Privilégiez également les textiles comportant un label environnemental/éthique fiable, comme par exemple Oeko-Tex (pour les textiles, pas forcément bio ou naturels, mais exempts de substances nocives pour la santé et respectant des normes de production écologiques sévères), GOTS (label bio pour le coton, la soie, la laine et le chanvre, prenant en compte des critères sociaux et environnementaux), l’Écolabel européen, ou encore Max Havelaar (coton issu du commerce équitable).

4. Acheter d’occasion

Encore mieux que le point précédent, car non seulement cela vous coûtera nettement moins cher, mais en plus et surtout, c’est un geste vraiment écolo puisqu’il ne nécessite pas la production de nouveaux vêtements et tout ce que cela entraîne (pollutions dues à l’acheminement et à l’utilisation des matières premières, processus de fabrication énergivores, sans compter l’appauvrissement de certains matériaux utilisés ou encore le travail des enfants). Il y a bien assez de vêtements déjà produits que l’on peut ainsi se procurer d’occasion (vide-greniers, friperies, Vinted, Leboncoin…) sans avoir besoin de produire du neuf.

5. Échanger

Organisez des échanges de vêtements entre ami(e)s, rendez-vous à des gratiferias, des bourses aux vêtements gratuites.

En bref, apprenez à consommer la mode différemment. 🙂

Sources : Greenpeace, Consoglobe, Novethic, Sloweare, Partage-le.com, Slate.

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